20 juin 2017

Rachel Le Bozec : « Utiliser les bons mots qui vont provoquer un déclic »

#ParolesDeCoach. Entre la connaissance de sa discipline, la planification d’un projet global, ou encore l’indispensable gestion humaine et émotionnelle, l’entraîneur est bien souvent un être fascinant à observer, toujours passionnant à écouter. Ses mots sont à la base de son action, à savoir faire passer des messages, une méthode. En les rencontrant dans leur cadre de travail et en leur donnant la parole, cette rubrique tente de partager la philosophie des coachs de nos équipes angevines. Rencontre aujourd’hui avec Rachel Le Bozec, 42 ans, entraîneure de natation synchronisée. Ancienne nageuse de haut niveau, 4ème par équipe aux JO de Sydney en 2000, elle entraîne depuis un an les jeunes d’Angers Nat Synchro à la piscine Jean Bouin.

Par Valentin_Deudon

SON PARCOURS – Apprentie nageuse à Angers aux côtés des sœurs Charles, avant le rêve olympique à Sydney
« J’ai d’abord mis longtemps à apprendre à nager… Et pourtant, le goût de la natation synchronisée est venu rapidement. A l’AS Ripault d’abord, à côté de Tours, d’où je suis originaire. A 12 ans, j’étais déjà championne de France et je suis alors partie à Angers, pour continuer à progresser dans un club qui avait des résultats reconnus. Sous l’impulsion des sœurs Charles, Catherine et Marie-Christine, des figures emblématiques ici. J’étais en internat à la Madeleine, je m’entraînais 5 heures par jour… Les titres chez les juniors et avec l’équipe de France ont suivi. Puis direction Paris à 20 ans pour m’entraîner à l’INSEP. J’ai pratiqué au très haut niveau jusqu’en 2000, l’année où nous terminons 4èmes du ballet par équipe aux Jeux Olympiques de Sydney. Une expérience folle, un rêve pour tout athlète ! J’ai arrêté après ça car ces 4 années de préparation m’ont demandé beaucoup de sacrifices. La synchro exige une grande discipline, et comme on n’en vit pas, ce n’est pas toujours facile. J’ai ensuite basculé sur le rôle d’entraîneur. J’avais passé le BE étant jeune, puis j’ai validé mon BE2 en 2006. Je suis resté 16 ans à Sète, avec la responsabilité du Pôle Espoirs entre 2006 et 2016. Sète, c’est un petit club d’une cinquantaine de licenciées, mais plusieurs d’entre elles atteignaient chaque année le haut niveau. Et me voilà depuis un an à Angers où nous avons déménagé avec mon mari et mes 2 filles… qui sont elles aussi passionnées de natation synchronisée ».

LE PROJET ANGEVIN – Auprès des plus jeunes pour recréer une tradition d’élite et retrouver des résultats
« Angers a toujours été un gros club, il y a ici une tradition forte en natation synchronisée. Mais ces dernières saisons, le club a manqué de continuité aux postes d’entraîneurs pour espérer des bons résultats. Mon objectif, c’est de remettre en place des habitudes de travail avec les plus jeunes afin de rendre le club compétitif. Cette année, je me suis focalisé uniquement sur les 12-14 ans, un âge où il est encore possible d’ancrer la rigueur et la discipline indispensables en synchro. Il a fallu repartir sur les bases avec des filles pas forcément habituées à l’exigence, à se faire mal… Mon rôle, c’est l’élite, c’est de les amener à leur plus haut, tout en fixant des objectifs réalistes et atteignables, de manière à favoriser la mise en confiance de chacune. Ce n’était pas évident au début, mais dès la première saison, le groupe a adhéré, il a souffert parfois, mais l’évolution est bien visible. Les résultats sont positifs en compétition. Et à Angers, on dispose de supers structures pour bien travailler, la municipalité a toujours été à fond sur le sport. On échange de plus beaucoup avec Angers Natation, un autre club avec qui nous cohabitons à la piscine Jean Bouin. Nos disciplines sont sur certains aspects complémentaires et on s’entraide parfois sur des séances spécifiques. Le partenariat est idéal aussi avec le collège Saint-Augustin où les 10 filles du groupe sont en horaires aménagés de manière à s’entraîner l’après-midi ».


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Les 10 filles agées de 12 à 14 ans entraînées cette saison par Rachel Le Bozec


LA NATATION SYNCHRONISEE – Une discipline ultra complète qui exige de nombreuses heures d’entraînement
« Une compétition synchro chez les jeunes, c’est une épreuve individuelle avec des figures imposées (de la technique pure en quelque sorte) et des épreuves d’équipes (en duo et le ballet à 8). Avec des classements solo, duo, et par équipes. Donc on se prépare en conséquence… beaucoup. Car c’est un sport qui demande énormément d’heures d’entraînement ! Si on ne parle que du ballet par équipe, avec 8 filles, c’est seulement au bout de 2 ans que l’on arrive généralement à maîtriser une chorégraphie de 3-4 minutes… C’est donc beaucoup de répétitions ! En complément aussi d’un travail vidéo important, car on passe plusieurs heures à rectifier chaque petit mouvement, à échanger sur ce qui pourrait être amélioré. La natation synchronisée est de plus un sport extrêmement complet, car il demande d’avoir à la fois des qualités de gymnaste, de danseuse, de nageuse, de voltigeuse aussi pour les portées. Sans parler de l’aspect mental, omniprésent et pour lequel je bénéficie de l’aide d’un sophrologue et d’un préparateur mental, que chaque fille décide ou non de consulter. On les néglige parfois de l’extérieur mais la cohésion de groupe et la communication sont également essentiels. Même quand on nage en solo, on a besoin de la confiance de ses coéquipières. Et on pourrait aussi évoquer l’importance d’apprendre à respirer au bon moment, du travail de l’apnée pour gagner en autonomie sous l’eau, ou de la visualisation, une économie d’énergie nécessaire pour répéter mentalement le ballet ».

SA MÉTHODE – Un discours positif et une rigueur structurante qui passent bien auprès des jeunes
« J’ai eu la chance dans mon parcours d’avoir de supers coachs, qui favorisaient la mise en confiance de l’athlète. J’essaye d’en faire autant avec les filles, c’est important de les mettre dans la réussite. Je fixe des objectifs réalisables en fonction du potentiel, des ambitions et de la personnalité de chacune. J’ai commencé par ça à mon arrivée : bien comprendre qui elles sont et ce qu’elles veulent. Pour pouvoir m’adapter à chacune. Même si je suis très rigoureuse et souvent spontanée, que parfois je cris, j’engueule, je punis… J’essaye de me forcer à avoir un discours positif sur l’aspect technique. C’est un effort de concentration pour moi : utiliser les bons mots, fixer 2 ou 3 corrections maximum. Parfois j’en aurais 10 à donner, mais ce serait inefficace et je n’en dis qu’une. En cherchant la bonne phrase, la consigne juste qui va provoquer un déclic. J’insiste aussi sur la cohésion et la communication, via des débriefings ensemble ou des moments d’échange entre elles, pour qu’elles vident leur sac, qu’elles se parlent, de manière à anticiper ou à régler des confits. Elles le savent, je suis toujours ouverte à l’échange, aux temps de discussions, à des jeux d’entraînement ludiques, aux questions, à la blague aussi, mais il y a aussi le temps du travail qui demande de la discipline. Je le leur ai dit : je ne suis pas là pour vous aimer. Je les aime toutes bien sûr mais ce n’est pas mon objectif de tout faire pour qu’elles m’aiment. Mon objectif, c’est de les aider à atteindre leurs objectifs ».

>> Rendez-vous ce week-end, vendredi 23 et samedi 24 juin, pour le gala annuel du club d’Angers Nat Synchro, avec 2 soirs de représentations. Et le dimanche 25, portes ouvertes dès 15h pour venir s’essayer à la synchro. Toutes les infos ici !

« Parfaites », un documentaire référence sur la synchro
Un livre, un auteur, un article, une phrase, un entraîneur de haut niveau… qui fait pour vous référence ou qui vous accompagne au quotidien ? C’est la question qui conclue cet entretien. Rachel Le Bozec a choisi de nous parler d’un documentaire, Parfaites, sorti récemment au cinéma. Le réalisateur a suivi l’équipe du Canada dans sa préparation pour les derniers JO de Rio. « Ce docu explique bien la réalité de notre discipline. Ce qu’on voit, c’est le haut niveau, c’est ce que j’ai vécu. La rigueur, la discipline, l’exigence, la répétition… Il ne faut pas non plus que ça fasse peur mais c’est un sport dans lequel on sait qu’on va souffrir. C’est la réalité de la discipline, c’est dur. A chaque répétition du ballet à l’entraînement, on a cette boule au ventre parce qu’on sait que ça va faire mal. Un ballet, c’est un 400 mètres, 4 minutes en hypoxie, très peu de récup, peu de moments pour respirer, un gros travail sous l’eau, le corps toujours en action, en tension, il faut rester synchro, compter la musique… Et si ça n’est pas bon, on sait qu’on va le refaire, encore et encore. Mais quand arrive le jour de la compétition et qu’il faut le faire une seule fois, c’est facile… »

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