12 septembre 2017

« Développer les hommes autant que les joueurs »

#ParolesDeCoach. Entre la connaissance pointue de sa discipline, la planification d’un projet de jeu global, ou l’indispensable gestion humaine et émotionnelle – sans compter les innombrables décisions à prendre pour tenter d’influencer (positivement !) le cours des choses – l’entraîneur est bien souvent un être fascinant à observer, toujours passionnant à écouter. Ses mots sont cruciaux, car à la base de son action, à savoir faire passer des messages, des consignes, une méthode. Pour commencer cette nouvelle saison, nous avons rencontré Brennan Sonne (prononcez « Sony »), le nouvel entraîneur des Ducs d’Angers. À 30 ans, le Canadien (anglophone), qui a démarré sa carrière de coach à Hong-Kong, vit sa première expérience en Europe et surtout entraîne sa première équipe professionnelle après avoir fait ses preuves pendant les 3 dernières saisons comme assistant coach en ligue junior sur la côte ouest américaine. 

Par Charles Dubré-Beduneau
Photo de une : Franck Potvin

 Son arrivée à Angers : « J’étais à la recherche d’un nouveau défi »
« Cody (Campbell) et moi sommes originaires de la même ville (Maple Ridge, en Colombie Britannique) et nous sommes amis depuis que nous avons 10 ans. J’étais donc déjà venu à Angers. J’ai aussi beaucoup parlé avec Jay (Varady, coach des Ducs en 2012-2013) qui m’a dit beaucoup de bien du club et de la ville. J’étais à la recherche d’un nouveau défi, je voulais franchir un palier et le projet des Ducs m’a séduit. J’ai rapidement pris contact avec les leaders du vestiaire, Julien (Albert), Robin (Gaborit), Brian (Henderson), Maxime (Lacroix), et j’ai senti qu’il y avait un très bon noyau dur de leaders ici, déterminés à travailler ensemble pour gagner des titres. Depuis mon arrivée, je passe 95% de mon temps à la patinoire et je n’ai pas eu le temps de beaucoup découvrir la ville mais le peu que j’ai vu me plaît énormément. J’ai commencé des cours intensifs de français. Le fait que Brett (son petit frère, ndlr) soit là facilite l’adaptation. Ma fiancée va venir un peu aussi ».

Passer des juniors aux pros : « Je me sens prêt »art6
« C’est forcément différent de diriger des hommes mais c’est une bouffée d’oxygène pour moi de ne plus avoir à gérer les problèmes que peuvent rencontrer les mineurs en dehors du vestiaire. Après trois ans, j’étais prêt à passer à autre chose. Je peux désormais me consacrer entièrement aux systèmes de jeu pour que l’équipe évolue à son meilleur niveau, ce qui est vraiment appréciable. Je dirige ma première équipe pro, c’est vrai, mais j’ai côtoyé quotidiennement pendant plusieurs saisons des coachs de renom, qui m’ont appris énormément en termes d’éthique de travail, de professionnalisme et m’ont transmis leur expérience et le degré d’exigence du très haut niveau. Je me sens donc tout à fait prêt à assumer mes nouvelles responsabilités ».

Sa philosophie : « Tenir compte des personnalités de chaque joueur »
« Le côté psychologique est ce que je préfère au hockey. Pour moi, il est essentiel d’apprendre à connaître chaque joueur pour guider chacun le mieux possible. Chaque joueur a sa propre personnalité, sa propre expérience, ses propres qualités et défauts, et forcément des attentes différentes. Je dois en tenir compte. Je n’ai pas du tout le même discours avec Gautier (Gibert) qui a 20 ans qu’avec Max (Lacroix) ou bien Flo (Hardy). En tant que coach, on doit les aider à grandir non seulement sur la glace mais aussi en dehors, en tant qu’hommes. La première question que je pose à un joueur est : Quel genre de personne es-tu ? La deuxième : Que veux-tu apporter au groupe ? Ma mission est d’aider chaque joueur à être un peu meilleur chaque jour. Pour moi, la base d’une bonne équipe se résume en trois mots : travail, intensité, compétitivité. Ensuite seulement interviennent les systèmes tactiques, sur lesquels on s’appuie toute la saison. Et enfin, il y a le talent individuel. Si on arrive à réunir tout cela, en respectant cet ordre, alors on peut espérer avoir du succès ».

Sa méthode : « La vidéo et les stats me permettent d’argumenter mon propos »
« Mon travail est de mettre les joueurs dans les meilleures conditions possibles pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Aujourd’hui la vidéo est un outil indispensable pour les coachs. En général je regarde la vidéo de chacun des matchs que je coache deux fois : une première fois pour avoir un point de vue différent du banc et une deuxième fois, séquence par séquence. Sans la vidéo je passerais à côté d’un tas d’informations. La vidéo et les stats me permettent d’argumenter mon propos auprès des joueurs. Si je fais une séance vidéo pour expliquer un point précis, l’image doit parfaitement illustrer mon propos, elle ne doit être ni trop courte, ni trop longue. Pour moi, c’est une question de crédibilité et d’honnêteté vis-à-vis d’eux. C’est aussi très utile pour expliquer précisément aux joueurs ce que l’on attend d’eux, car on s’appuie sur quelque chose de concret. Les vidéos seront donc de plus en plus individualisées au fil de la saison, pour coller au mieux aux spécificités de chacun. Les lignes dépendront des performances des joueurs et des automatismes qu’ils auront développés entre eux. Elles ne seront pas figées. Quand je bouge un joueur d’une ligne à une autre, il sait pourquoi ».

art1breCoacher son petit frère : « Brett n’aura pas de traitement de faveur »
« Dans le vestiaire nous restons frères bien sûr, mais nous sommes des professionnels et nous avons chacun un rôle bien différent. Les choses sont très claires : Brett aura ses coéquipiers, qui sont pour moi des pros auxquels je donne des instructions. Notre lien familial facilitera sans doute la communication entre nous, mais c’est tout. Brett n’aura pas de traitement de faveur. Il a été recruté parce que je sais qu’il a certaines qualités qui peuvent être utiles à l’équipe : sa vitesse, son tir… C’est vraiment un bon joueur, il a été drafté en 2007 par les Blues de Saint-Louis et il a joué ces cinq dernières saisons dans de très bonnes ligues en Europe (Autriche, Slovaquie, Norvège, Suède, Italie et au Danemark la saison dernière) ».

Les Ducs version 2017-2018 : « Vitesse et intensité »
« Nous avons recruté des joueurs d’expérience comme Florian Hardy, Danick Bouchard et mon frère, Brett. Nous avons aussi voulu ajouter des défenseurs mobiles et très rapides, capables de venir en soutien des attaquants. C’est le cas avec Patrick Coulombe, Michael Quesnele et Philippe Drouin. Nous allons utiliser leur qualité de patinage et leur vitesse pour ressortir très vite le palet de notre zone défensive et installer rapidement notre jeu en zone offensive. Je ne me lancerai pas dans des pronostics, c’est encore beaucoup trop tôt et cela n’aurait aucun sens.  Les joueurs doivent apprendre des nouveaux systèmes de jeu presque par cœur pour pouvoir les appliquer ensuite automatiquement pendant la saison, cela demande du temps et la préparation a été utile pour ça. On teste beaucoup de différentes combinaisons, on apporte des corrections. Je peux vous dire que nous avons une équipe de gros travailleurs, des joueurs qui ont soif de succès et que nous essaierons de proposer un jeu spectaculaire pour les fans ».

 >> Rendez-vous ce week-end au Haras pour les 2 premiers matchs de Ligue Magnus à domicile : vendredi 15 à 20h30 face à Mulhouse puis dimanche 17 à 19h contre Epinal… 

Un livre, un auteur, un article, une phrase, un entraîneur… qui fait pour vous référence, qui vous accompagne et vous inspire au quotidien ? C’est la question qui conclue cet entretien. Pour Brennan Sonne, ce sont sans aucun doute Jay Varady et Kevin Constantine (ancien coach de NHL), deux coachs américains de renom qu’il a côtoyés à Everett (au nord de Seattle) et tous deux passés par Angers. « Il me faudrait plusieurs jours pour vous expliquer l’influence positive que ces deux personnes ont eu sur moi, à la fois en tant que coach mais aussi en tant qu’homme. Ils m’ont transmis de vraies valeurs humaines et j’ai un respect immense pour eux. Mais il n’y a pas qu’eux. Si on dit que le monde du hockey est petit, imaginez que le monde des coachs de hockey l’est encore plus ! Je parle et j’échange constamment avec beaucoup de confrères. Mon père est aussi une grande source d’inspiration. »

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