3 avril 2018

« Je suis très exigeant mais toujours à l’écoute »

#ParolesDeCoach. Entre la connaissance pointue de sa discipline, la planification d’un projet global, ou l’indispensable gestion humaine et émotionnelle, l’entraîneur est bien souvent un être fascinant à observer, toujours passionnant à écouter. Ses mots sont cruciaux, car à la base de son action, à savoir faire passer des messages. Pour ce nouvel épisode, nous sommes allés à la rencontre de Tugdual Livenais, 28 ans, entraîneur d’Angers Natation Water Polo depuis 7 ans. A la fois coach de l’équipe première féminine, qui découvre la Pro A cette saison, et référent des équipes jeunes, il a permis au club de passer un cap ces dernières années.

Par Charles Dubré-Beduneau

Angers Natation Water PoloDe gardien professionnel à entraîneur: « Transmettre des connaissances mais aussi des valeurs »
« J’ai commencé le water polo relativement tard, à 16 ans, après avoir fait de la natation en compétition à Château-Gontier, d’où je suis originaire. Arrivé à Angers en seconde, j’ai débuté au poste de gardien de but et comme je progressais rapidement, j’ai été propulsé titulaire en N3 dès ma première année. J’ai failli intégrer l’INSEP mais mes parents voulaient que je donne la priorité à mes études. J’ai continué à jouer pendant mon cursus à l’IFEPSA et fin 2009 j’ai été invité à un essai par le club d’Aix-en-Provence, un des meilleurs de France. J’ai signé un contrat pro et pendant 18 mois j’ai découvert l’élite du water polo, côtoyé des joueurs de l’équipe de France… C’était une très belle expérience mais le salaire ne me permettait pas d’en vivre et à la fois je n’avais ni le temps d’étudier à côté ni de vraie vie sociale… A l’été 2011 je suis donc revenu à Angers et le club m’a proposé d’entraîner les jeunes. Petit à petit j’y ai pris goût, on a développé l’école de water polo et j’ai repris en main l’équipe féminine en 2014. Je me suis rendu compte que j’aimais transmettre, non seulement des connaissances mais aussi des valeurs, ce qui explique sans doute mon autre activité (éducateur sportif à mi-temps à ESCA’L, association angevine œuvrant auprès d’enfants, adolescents et adultes souffrant d’un handicap mental ou de troubles psychiques). J’ai beaucoup appris auprès de Julien Philippot et Thierry Hab et j’essaie de donner un peu à mon tour ».

Sa vision du métier: « Une remise en question permanente »
« Je me remets en question en permanence : avant, pendant et après chaque match, chaque entraînement. Pourquoi tel ou tel exercice n’a pas fonctionné ? Est-ce que mes consignes étaient suffisamment claires ? Qu’est-ce que je peux améliorer ? Je n’ai pas des machines en face moi, c’est primordial que mon message soit bien compris, donc je n’hésite pas à ré-expliquer les choses si nécessaire. Je suis très exigeant ; en match, au bord du bassin, je suis une vraie pile électrique ! Mais parce que je veux apporter un maximum à l’instant T. Par contre, une fois que c’est terminé, je suis toujours à l’écoute. Je sais me rendre disponible pour échanger et essayer de comprendre les besoins ou les difficultés de chacun. L’échange est essentiel pour progresser. Je suis un véritable passionné de water polo mais j’aime aussi regarder ce qui se fait dans d’autres sports collectifs et je me documente par exemple beaucoup sur la préparation mentale. En match, j’observe comment se comporte le coach adverse au bord du bassin: Est-ce qu’il s’agite, parle beaucoup lors des arrêts de jeu ? Ou au contraire est-ce qu’il se met en retrait et laisse souffler ses joueuses ? Il faut sans cesse s’adapter, trouver les bons mots au bon moment, sans être trop envahissant… ce n’est pas toujours facile de trouver le bon équilibre, mais je trouve ça passionnant ».

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Son rôle auprès des jeunes: « Un travail sur le long terme »
« Avec les jeunes je travaille sur le long terme. Il ne faut pas brûler les étapes. J’essaie de leur transmettre les valeurs du water polo : l’esprit d’équipe, la solidarité, le respect… Il n’y a pas de pression de résultat, l’essentiel est que chacun se fasse plaisir. C’est génial de voir qu’ils s’éclatent dans l’eau. Après, si on peut leur permettre d’aller plus haut, tant mieux. Ça fait plaisir de voir que certains ont commencé tout jeune au club et jouent aujourd’hui en équipe première. On reste un petit club comparé à d’autres au niveau national (140 licenciés) mais on s’est bien développé ces dernières années. Avec l’école de polo on a installé au club une culture poloistique qui n’existait pas il y a 10 ans ». 

art3Avec l’équipe féminine: « Il faut être polyvalent ! »
« La Pro A est arrivée plus rapidement que prévue (l’objectif initial était 2020) mais c’est une récompense du gros travail effectué depuis 3 ans. On est le Petit Poucet mais les filles jouent sans appréhension. J’ai la chance de travailler avec un groupe assez exceptionnel, non seulement avec un gros potentiel, mais qui en plus est totalement intégré dans le projet depuis le début de l’aventure. Elles ne sont pas là juste pour « jouer au ballon », mais elles se donnent vraiment les moyens pour progresser. Elles sont très à l’écoute, ce qui est agréable et facilite mon travail. Par exemple, en plus des séances vidéo collectives, elles me demandent souvent les vidéos pour pouvoir les re-regarder chez elles. La vidéo est un outil important que j’utilise beaucoup car ça leur permet de mieux visualiser et mieux comprendre leurs erreurs, mais aussi de souligner ce qu’elles ont bien fait. Ce travail paie puisque qu’aujourd’hui on a quand même la meilleure équipe féminine de la zone ouest. J’essaie d’avoir avec elles une exigence professionnelle, même si en termes de structure on reste un club amateur. En plus de la préparation des entraînements dans l’eau (5 par semaine), en dehors (2 séances de musculation hebdomadaire) et des séances vidéos, je dois aussi gérer les déplacements, les petits bobos… Il faut être polyvalent ! ».

Les spécificités du water polo: « Beaucoup d’aspects à travailler »
« Le water polo est un sport hyper complet, où il faut tout le temps être en mouvement. C’est un double combat : contre l’eau d’abord et puis contre les adversaires. D’où l’importance d’une bonne préparation physique régulière et adaptée. C’est une base indispensable mais pas suffisante. La puissance et l’endurance sont primordiales mais plus le niveau monte plus les aspects tactiques, qui permettent d’éviter les efforts inutiles, et psychologiques, comme gérer la frustration, sont importants. Les phases d’attaque sont limitées à 30 secondes donc on a très peu de temps pour faire la différence. Il y a tellement d’aspects différents sur lesquels on peut travailler ! C’est ce qui rend ma mission aussi intéressante ».

« Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends »
Un livre, un auteur, un article, une phrase, un entraîneur… qui vous a inspiré et qui vous accompagne au quotidien ? C’est la question qui conclue cet entretien. Tugdual Livenais cite cette célèbre phrase attribuée à Nelson Mandela : « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends ». « Cette citation s’applique bien cette saison car les filles découvrent le plus haut niveau national et évidemment on passe par des moments compliqués. Ça ne fait jamais plaisir d’enchaîner les défaites mais on a tiré les leçons de nos erreurs et on a fait de beaux progrès ».

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