3 mai 2018

« Je prends tellement de plaisir que ça ne me demande aucun effort »

#MadeInAngers. Il y a 2 mois, Amandine Brossier faisait sensation avec un titre de championne de France élite du 200m en salle, en 23’’44. La sprinteuse de l’équipe de France licenciée à Angers Athlé revient sur cette performance et nous parle de son parcours, de sa vie d’étudiante et même de ses ambitions olympiques… Interview.

Par Juliette Touzaint

art2Le 18 février tu participais aux France élite à Liévin où tu as été sacrée championne de France du 200m en salle, en 23’’44. Comment s’est passé ce week-end ?
Je suis partie avec mon coach, Sullivan Breton, et mes parents. Ça fait du bien d’être aussi bien entourée pour un tel événement. Le club avait fait en sorte que je me sente bien sur place avec de bonnes installations. Je partais avec les gens que j’aime, dans de très bonnes conditions. Ce n’était pas compliqué : je n’avais plus qu’à penser à mes courses.

Tu as couru plusieurs distances ?
On avait fait le choix de courir aussi le 60m le samedi. J’avais peur que ça me prenne de l’énergie pour le 200m en sachant que c’était la veille. Mais depuis cette année, avec Sullivan, on a commencé à faire des séances de vitesse courte les veilles de compéts. La série du 60m servait donc de séance de sprint court pour le 200m du lendemain qui restait le principal objectif du week-end. Sur ce 60m j’étais très décontractée mais je n’y allais pas juste pour faire figuration. Je pensais un peu à la finale tout de même. Pari réussi et en plus avec un record au bout. Ça a été une surprise surtout après la déception de Mondeville où le chrono n’avait pas été à la hauteur. Donc dès le samedi, je me sentais bien et ça m’a vraiment permis de prendre mes repères.

Et le dimanche ?
J’étais prête. Le stress n’était pas le même, au vue de la concurrence. Je n’étais pas forcément la plus attendue au bout de ce tour d’anneau mais je faisais quand même partie de celles qui prétendaient à un podium. Dès que j’ai fait les séries je me suis libérée et j’ai su que tout était possible. La finale c’est une course d’un jour, c’est à la bagarre et la médaille est au bout. Quand j’ai passé la ligne d’arrivée j’étais très fière ! C’était l’aboutissement de tout un travail de longue haleine. J’ai surtout eu la sensation d’être soulagée. Le soulagement de pouvoir dire que je l’ai fait et que maintenant je fais partie des meilleures sprinteuses.

Est-ce qu’il y a 4 ans, quand tu as commencé l’athlétisme, tu pensais déjà à une telle médaille ?
Pas du tout ! Oui je voulais faire des compétitions mais de là à penser à un tel parcours… Au fur et à mesure des années, on commence à y penser, mais sur le coup non.

« Certains croient que tout se fait à l’entraînement mais pour moi il y a tout ce qu’il y a à côté »

4 ans donc que tu as débuté l’athlétisme, et déjà au plus haut niveau aujourd’hui. Ca en fait du chamboulement dans la vie d’une jeune fille de 22 ans… Ta vie quotidienne a changé durant ces années d’ascension ?
Dès le début l’athlé, c’était pour la compétition et non pas pour le loisir. J’ai tout de suite mis 3 ou 4 entraînements par semaine avec Jean-Michel Marreau. Je suis passée à 7 avec Sullivan puis cette année à 6. Donc sur le plan sportif, ma vie quotidienne tourne autour d’un entraînement par jour. Sur le plan personnel, ça m’apporte un équilibre dans ma vie. Je sais que j’ai mes séances, je sais ce que je dois faire. Depuis l’année dernière je mets beaucoup plus de choses en place comme des étirements tous les jours, je mise plus sur la récupération, je fais attention à mon alimentation… Oui mon quotidien a changé depuis que je suis dans le haut niveau. Il faut savoir être vigilant.

Ce sont des contraintes pour toi ?
Je ne suis pas une fille qui aime trop faire la fête donc les restrictions du haut niveau ne m’ont pas dérangée. Je prends tellement de plaisir que ça ne me demande aucun effort. Personne ne m’impose quoi que se soit, sauf avant les élites où j’ai dû faire une croix sur le chocolat et le fromage mais bon il faut savoir ce que l’on veut ! Je le comprends et je suis prête à le refaire surtout quand on voit le résultat. C’est tellement de petits détails à ce niveau, on ne sait pas ce qui va le plus payer alors autant tout faire à fond. Certains croient que tout se fait à l’entraînement mais pour moi il y a tout ce qu’il y a à côté. Tout est méthodique.

art3A domicile au stade Mikulak en septembre dernier pour sa 1ère sélection
en équipe de France lors du Décanation

Ta vie quotidienne semble un peu chargée puisque tu fais des études en psychologie. Tu es d’ailleurs actuellement en 4ème année. Ce n’est pas trop dur à gérer, les cours, l’athlétisme, les stages en équipe de France… ?
A la fac, j’ai un programme allégé donc la masse de cours n’est pas énorme, du moins en licence ça ne m’a pas dérangée. Pour le master ça devient un peu plus compliqué en terme de quantité de travail, et c’est surtout le mémoire qui est conséquent. Au final, c’est un domaine qui me plaît, et je ne me sens pas non plus submergé. Et puis j’ai le statut d’athlète de haut niveau depuis cette année, ce qui me permet de m’absenter, notamment pour les stages. Mes profs ne sont pas forcément au courant, à part mon responsable de master, et je n’ai aucun passe-droit par rapport aux autres.

Passionnée par tes études, par ton sport… La vie de rêve ! Ca ressemble à quoi une journée type dans la peau d’Amandine Brossier ?
Il n’y a pas de journée type, leurs contenus sont toujours différents ! Mais le matin, je suis en cours, de même l’après-midi. Ensuite je file au stade pour m’entraîner, de 18h30 à 19h30. Je rentre chez moi pour aller manger puis je m’étire pendant 30 minutes et je vais me coucher. Tout simplement. En plus j’ai besoin de beaucoup de sommeil, à peu près 9h donc je ne suis pas du genre à traîner.

« Les Jeux, c’est le grand objectif, surtout ceux de Paris. Quand ça va arriver ça va être magique et grandiose »

Tu reviens d’un stage équipe de France au Portugal. Ca doit être excitant d’être au milieu des meilleurs français. Est ce que ça te met une certaine pression ?
C’est sûr que c’est hyper excitant d’être en équipe de France, ça fait plaisir et c’est une petite fierté. Au début c’était un peu stressant parce que je ne connaissais personne donc j’étais un peu intimidée. Le plus dur c’est de quitter tout mon quotidien et mes petites habitudes : mon club, mon coach… J’ai mon cocon où je me sens bien et où je suis bien. Quand j’arrive en stage, je n’ai pas mon entraîneur, je ne connais pas les gens, je découvre de nouvelles installations, je ne gère pas ma nourriture. Quand je ne suis pas en stage, je suis hyperactive et j’aime bien tout faire, tout contrôler alors qu’une fois là bas on ne gère rien, on nous demande juste de nous entraîner.

Quel est le prochain objectif avec les Bleues ?
Nous sommes 12 dans le groupe et pour les championnats d’Europe début août à Berlin, ils n’en prendront que 6. Quand la sélection tombera, ils annonceront les titulaires et les remplaçantes. Donc c’est un peu de pression tout de même. Sur chaque relais on est pris en vidéo, il y a un débrief, tout est millimétré, chronométré, chaque passage, exercice…

art1Ces stages te préparent à certaines échéances à venir. Quels sont tes projets à court terme, pour la fin de cette saison ?
En début de saison, c’était de courir les championnats d’Europe estivaux en individuel sur 200m et en collectif sur 4x100m. Maintenant vue la saison hivernale passée, forcément les objectifs ont pris de l’ampleur. Je confirme mon envie d’aller aux championnats d’Europe, et même pourquoi pas de faire une finale sur 200m. Je pense que je peux faire les minimas (22’’90) pour y aller… Une finale européenne ce serait vraiment cool.

Allons un peu plus loin, quels sont tes objectifs à long terme c’est à dire pour les années à venir ?
Les JO ! De Tokyo et de Paris. Avant il y a d’autres échéances comme les mondiaux mais ça fait partie de la suite logique on va dire, si je veux aller aux Jeux Olympiques bien sûr il y aura la case des mondiaux à passer aussi. Mais c’est vrai que les Jeux, c’est le grand objectif, surtout ceux de Paris, on ne se rend pas encore bien compte mais quand ça va arriver ça va être magique et grandiose.

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