28 mai 2019

« La natation est une forme de danse »

#CultureSport. Ex-nageur de haut niveau devenu comédien, Maxime Taffanel présentera sa pièce « Cent mètres papillon » au Quai le vendredi 7 et samedi 8 juin. Il y incarne Larie, un adolescent féru de natation, qui questionne « la glisse », la violence des entraînements, la compétition, la quête de sensations et de performance.

Propos recueillis par Charles DUBRÉ-BEDUNEAU
Photo: Romain CAPELLE

Vous avez pratiqué la natation à haut niveau pendant toute votre scolarité. D’où est venue cette passion et quel était votre quotidien ?

C’est mon père qui amené à l’eau vers 4-5 ans et qui m’a fait découvrir la sensation de glisse, le courant. Je dis souvent que ma première histoire d’amour a été avec l’eau. J’ai été en section sportive de la 6e à la terminale. Je nageais tous les jours, matin et soir. Au lycée, je nageais entre 12 et 14 km par jour. Je passais plus de temps à nager qu’à marcher. Le week-end je partais en compétition. J’étais assez bon étant jeune, je nageais avec beaucoup d’insouciance. J’ai fait quelques podiums de championnats de France. On peut dire que j’ai évolué au haut niveau car je m’entraînais de façon très intense, mais je n’ai pas atteint le très haut niveau.

« Je me suis rendu compte que la compétition me rendait mutique »

Pourquoi avez-vous décidé d’arrêter ?

Il a fallu que je fasse de la musculation pour aller toujours plus vite, mon corps s’est transformé. La performance et la pression de résultats en compétition ont peu à peu pris le pas sur le plaisir. Je me suis rendu compte que la compétition me rendait mutique. Elle me faisait douter de moi-même. J’en venais à me demander, derrière le plot de départ, ce que je faisais là. La peur de l’échec ? La peur du temps ? La perte du sens ? J’avais sur les épaules un poids qui était trop lourd à porter. Alors j’ai changé de club, et un nouvel entraîneur a permis une re-découverte : le chronomètre a disparu, la pression s’est évanouie, de nouvelles sensations ont émergé, et j’ai retrouvé le plaisir de nager.

Comment passe-t-on de nageur de haut niveau à comédien ?

Je suis issu d’une famille d’artistes: mes parents sont chorégraphes. Depuis tout petit j’ai été baigné dans cette ambiance de spectacles, de danses, de théâtre. Cela explique sans doute pourquoi j’ai toujours abordé la natation comme une danse, en accordant beaucoup d’importance à la glisse, à la fluidité et à la beauté du geste. Mon père m’aidait à travailler des textes de théâtres pour mes cours de français. Et puis au fur et à mesure j’ai commencé à travailler des textes tout seul, j’ai pris quelques cours de théâtre entre mes entraînements. Je suis passé par deux écoles de théâtres: d’abord l’ENSAD (Ecole nationale supérieure d’art dramatique) à Montpellier, puis la Comédie française en tant qu’élève comédien, où j’ai rencontré Nelly Pulicani, la metteure en scène de « Cent mètres papillon » et avec qui j’ai participé à créer le Collectif Colette. La natation m’a permis d’être plus à l’aise sur scène, d’arriver à bouger de manière fluide.

Vous dites que la compétition vous rendait mutique. Le théâtre vous a permis de retrouver une liberté de parole ?

En quelque sorte oui. En m’éloignant des bassins, et en intégrant l’ENSAD, j’ai découvert des textes, des auteurs. Sur scène, je me suis mis à rêver et à retrouver des sensations passées, ces sensations qui me faisaient me sentir grand dans l’eau. Ce qui était devenu une routine, engendre maintenant, sur scène, des personnages inattendus, burlesques, monstrueux, imprévisibles.

 

« Les notions de performance, de peur de l’échec, de perte de plaisir et perte de sens concernant une passion sportive, musicale ou culturelle sont universelles »

 

Votre expérience de nageur de haut niveau nourrit le texte de votre spectacle. L’histoire de Larie, c’est un peu la vôtre ? 

Le spectacle est en grande partie inspiré de ce que j’ai vécu: l’apprentissage de la « culbute », la découverte de la glisse, le rapport avec l’eau, l’entrainement et ses violences, la compétition et l’étrangeté de ses rituels, les courses, la joie des victoires, la tristesse des défaites, les remises en question… Mais utiliser un autre prénom m’a permis de prendre un peu de distance avec mon histoire personnelle et d’imaginer d’autres choses. C’est le premier spectacle que j’écris et ce n’était pas évident de parler du renoncement à ma passion. Il y avait une dimension thérapeutique dans l’écriture. Nelly Pulicani m’a beaucoup aidé pour la mise en scène car c’est aussi la première fois que je joue tout seul.

 

« La performance artistique est aussi difficile et aussi belle que la performance athlétique »

 

Finalement on peut dire que vous avez transféré la performance aquatique en performance scénique ?

Comme je suis seul sur scène il faut que j’occupe l’espace. C’est pourquoi je bouge et je danse beaucoup dans le spectacle. Je me donne à fond, comme je le faisais dans l’eau lors d’une course. À la fin du spectacle, je suis rincé. La performance artistique est aussi difficile et aussi belle que la performance athlétique.

 

À qui s’adresse votre spectacle ?

Je crois, en tout cas j’espère, qu’il parle à tout le monde, et pas seulement aux nageu(ses)rs ou aux sporti(ves)fs en général. Les notions de performance, de peur de l’échec, de perte de plaisir et perte de sens concernant une passion sportive, musicale ou culturelle sont universelles.

« Cent mètres papillon », de Maxime Taffanel, mis en scène par Nelly Pulicani, produit par le Collectif Colette. Durée : 1h05. Vendredi 7 et samedi 8 juin à 21h au théâtre Le Quai.

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