26 janvier 2021

Dans les coulisses des écuries Leenders

#Découverte. Le nord du Maine-et-Loire est reconnu depuis longtemps comme l’un des territoires français d’excellence pour l’entraînement des chevaux de course. Tout près de l’aéroport d’Angers-Marcé, nous sommes partis explorer le temps d’une matinée le paisible Haras des Landes, guidés par Grégoire Leenders, entraîneur de l’écurie familiale. 

Par Charles DUBRÉ-BEDUNEAU
Photos: Théo BARILLER-KRINE

En ce vendredi matin, une fine brume plane au-dessus de la campagne angevine. Nous partons à la rencontre d’athlètes de haut niveau pas tout à fait comme les autres. Depuis la cité du Roi René, à à peine vingt minutes de voiture se cache le Haras des Landes: un majestueux domaine de 160 hectares, dont une grande partie de forêt, dédié à la préparation et l’entraînement de chevaux de courses. La famille Leenders en est l’heureuse propriétaire depuis 2014. Lorsque nous arrivons, le site est déjà en effervescence. « Ici on vit plutôt le matin, entre 6h et 13h », nous explique Grégoire Leenders, 38 ans, entraîneur de l’écurie familiale. Suivis de près par ses trois chiens, il nous guide au milieu des box, entre les bottes de foin, où sont hébergés et bichonnés sa soixantaine de chevaux. « Comme il a beaucoup plu hier les pistes en sable sont gorgées d’eau donc ils ne vont pas sauter aujourd’hui mais ils sortent tous au moins une heure par jour toute l’année, peu importe le temps. Certains préfèrent même dormir dehors donc ils ont leur petite cabane, une couverture et du foin. » 

« Tout faire pour qu’une fois sur la piste, le cheval et son jockey ne fassent plus qu’un »
Casquette vissée sur la tête, Grégoire à l’oeil partout. Il connaît chaque cheval par coeur et distille ses conseils aux jockeys qui montent en selle et sortent par petits groupes. « On est aux petits soins avec chaque animal et on ne laisse rien au hasard que ce soit pour l’alimentation et le poids, l’échauffement, la récupération… C’est normal, ce sont des sportifs de haut niveau, qui sont d’ailleurs contrôlés deux fois plus souvent que les cyclistes. On fait tout pour que les chevaux soient dans les meilleures conditions possibles et qu’une fois sur la piste ils ne fassent plus qu’un avec leur jockey. »

Le fils aîné de Christine et Etienne Leenders sait de quoi il parle, lui qui a baigné avec son frère Gabriel dans l’univers des courses hippiques depuis son plus jeune âge. « Nos parents nous ont transmis l’amour des chevaux, qui sont des animaux très dociles avec qui il est facile de travailler, et la passion des courses. Mon père a commencé à entraîner en 1981. Actuellement les courses se déroulent à huis-clos mais en temps normal, celles de Craon et du Lion d’Angers peuvent rassembler plusieurs dizaines de milliers de personnes, ce sont des ambiances incroyables ! Il y a beaucoup de passionnés et surtout de vrais connaisseurs dans la région, plus qu’à Paris où ce sont plutôt des turfistes (parieurs, N.D.L.R.)« , apprécie Grégoire. Il a lui-même glané quelques belles victoires en tant que jockey professionnel avant d’obtenir son diplôme d’entraîneur en 2014 et de s’associer à son père pour faire perdurer l’écurie familiale.

Les courses hippiques: une science inexacte… qui fait son charme 
Au volant de son 4×4 tout terrain « écossais » (volant à droite), parfaitement adapté au terrain bien boueux ce jour-là, Grégoire nous conduit jusqu’aux pistes d’entraînement. Elles sont régulièrement entretenues grâce à du sable extrait directement d’une carrière située sur le site. Nous sommes aux premières loges pour voir les jockeys pousser leurs montures dans un sprint en ligne droite à environ 45 km/h. « Contrairement à ce qu’on pourrait penser, très peu de chevaux gagnent de l’argent, décrypte l’entraîneur. Les propriétaires sont avant tout des passionnés qui aiment se retrouver aux courses. Les courses hippiques sont loin d’être une science exacte, mais c’est aussi ce qui fait le charme du métier. Nous sommes un peu comme des mécaniciens avec des Formules 1, sauf que le cheval et le jockey sont deux êtres vivants et aucun d’eux n’est à l’abri d’une baisse soudaine de forme ou d’une blessure… L’état de la piste joue aussi un rôle non négligeable. »

Entre tradition et modernité
Il n’est pas rare qu’un étalon ait jusqu’à une dizaine de propriétaires différents: Français, Britanniques, mais aussi Américains, Brésiliens… S’ils restent très attachés à perpétuer le savoir-faire familial, Grégoire et son épouse ne manquent ni d’idées ni d’énergie pour moderniser les écuries Leenders et plus généralement l’image du milieu des courses hippiques. « Aujourd’hui les propriétaires, même s’ils sont à des milliers de kilomètres, prennent très régulièrement des nouvelles de leurs chevaux et grâce à WhatsApp avec certains on échange presque quotidiennement. Les réseaux sociaux nous permettent aussi de nous ouvrir davantage au grand public et de montrer la réalité de notre métier: veiller chaque jour au bien-être des animaux car ce sont eux les stars, ce sont eux qui nous font vivre et vibrer, on doit donc leur permettre de performer à chaque course », insiste Grégoire, qui prépare justement la prochaine, à l’hippodrome de Pau dans moins de 48 heures. C’est aussi ça la vie d’entraîneur: des heures et des heures passées sur la route, pour savoir si le travail a payé et espérer voir briller quelques-uns de ses « poulains ».

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