8 février 2021

Triathlon XXL: rien n’est impossible pour la Team I-Romane

#Découverte. Pascal Baron, 52 ans, et sa fille Romane, 20 ans, handicapée moteur cérébral, forment la « Team I-Romane ». Ensemble, ils se sont lancés un pari fou, voire impossible diront certains: boucler un triathlon extrême, de type half Ironman (1,9 km de natation, 90 km de vélo et un semi-marathon). Le COVID-19 a bousculé leur plans mais qu’importe. Désormais bien équipés, ils gardent la dalle et s’entraînent dur pour être prêts quand l’occasion de relever leur défi se présentera.

Par Charles DUBRÉ-BEDUNEAU
Photos: Team I-Romane

Les courses de triathlon ne sont pas à la portée de tous, les semi Ironman encore moins. Pascal Baron en est parfaitement conscient, lui qui en a bouclé quelques uns depuis son premier triathlon en 2003. Pour ce Normand d’origine, bien installé à Corzé avec sa femme et ses trois enfants, le sport a toujours été vital. « Ma femme vous le dira, j’en ai besoin ! J’ai fait beaucoup de natation, mais aussi du foot, du tennis de table… Je suis venu au triathlon un peu par hasard mais j’ai tout de suite accroché. J’ai fait quelques marathons pour m’améliorer en course à pied mais je suis toujours aussi mauvais », s’amuse celui qui a un temps eu une licence à la section triathlon de l’ASPTT Angers.

« Je suis les jambes et Romane et mon coeur »
C’est donc tout naturellement qu’il a initié ses enfants, et notamment sa fille Romane, handicapée depuis sa naissance par une malformation cérébrale, aux joies du sport. « En 2011, on a participé à une première course à pied, la course des familles à Seiches-sur-le-Loir. Je me souviendrai toujours de sa joie et de son sourire sur le podium ce jour-là. » En septembre 2019, en franchissant la ligne d’arrivée du half Ironman de Cascais au Portugal, après 6h30 d’efforts, Pascal pense à sa fille et une idée folle germe dans son esprit. « C’était vraiment magique et j’ai eu envie de lui faire vivre ça, de partager avec elle ces moments uniques de bonheur intense. La vie du handicap n’est simple ni pour la personne touchée ni pour sa famille, les difficultés sont quotidiennes. Sept heures de dépassement de soi ne sont rien par rapport aux efforts que Romane fait tous les jours pour prendre un crayon et écrire son prénom. Lui donner le sourire n’a pas de prix. Je suis les jambes et Romane et mon coeur.  »

Romane peut pédaler sur le vélo
En quelques semaines, la « Team I-Romane » est lancée. Romane participe à la création du logo et une cagnotte est lancée pour s’équiper correctement: un vélo tandem-fauteuil (7 000 €), un fauteuil de course et un bateau gonflable que Pascal tire à la nage à l’aide d’un harnais. Grâce à un élan de solidarité, le fameux vélo, équipé d’un double pédalier qui permet à Romane de pédaler assise devant son père, est financé. « Quand j’ai vu Romane pédaler j’en ai pleuré, raconte sa maman. On avait du mal à en croire nos yeux. Elle fatigue vite bien sûr mais elle s’éclate et ça la stimule. Du coup, pendant le premier confinement nous avons pu faire pour la première fois une sortie à vélo en famille, c’était super. » La famille souhaiterait faire découvrir ce deux-roues povylavent à d’autres familles lors de la Nuit du handicap. « Il permet non seulement de se balader mais d’aller vite: avec Romane on fait du 23-24 km/h », explique Pascal.

Gérer la fatigue psychologique pour deux
Le duo père-fille commence à s’entraîner sérieusement et s’inscrit à plusieurs courses, avec en ligne de mire le half Ironman des Sables d’Olonne en juillet 2021… avant que le coronavirus ne vienne tout annuler. « C’est frustrant de voir tous nos objectifs disparaître les uns après les autres, surtout pour Romane à qui on a beaucoup parlé des courses et qui ne voit rien arriver… Mais c’est pas grave, on garde le cap et surtout la dalle ! » Ils sont inscrits pour le Tours’N Man en juin prochain. En attendant, Pascal et Romane s’entraînent sans relâche, y compris par temps de pluie comme en ce moment grâce à leur petite salle de sport aménagée au fond du jardin. « C’est notre petite « pain cave », explique Pascal avec le sourire. Il y a un vélo trainer, un tapis de course… On a tout ce qu’il faut pour bien se préparer, il ne manque plus que les courses ! » Si les aspects techniques sont réglés et si Pascal n’est pas inquiet pour lui en course, les questions ne manquent pas. « Il ne faudra pas oublier de matériel, les transitions risquent de ne pas être simples. Il faudra aussi que je veille à son confort et surtout que je gère la fatigue psychologique pour deux. » 

Invités au semi-marathon d’Atlanta
L’enthousiasme communicatif et la détermination de Pascal et Romane forcent l’admiration et suscitent la curiosité autour de chez eux. « On a reçu énormément de soutien et de messages positifs. Comme Romane ne parle pas, ça lui permet de communiquer autrement et de s’évader de son quotidien. Ça crée un bon climat,  ce qui n’est pas du luxe par les temps qui courent », apprécient ses parents. L’engouement autour de la Team I-Romane est tel qu’il a non seulement dépassé leurs espérances mais aussi les frontières puisqu’ils ont été invités par la Kyle Pease Foundation (créée par deux frères, Kyle, handicapé cérébral, et Brent qui courent ensemble des triathlons Ironman) à participer au semi-marathon d’Atlanta. Clairement, pour la Team I-Romane, « sky is the limit » !

 

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