23 avril 2021

Benjamin Durocher met en lumière les « non essentiels »

#LesIndispensables. Intermittent du spectacle frappé comme ses collègues de plein fouet par la crise, Benjamin Durocher a lancé avec son épouse la marque de vêtements « non essentiel » pour rendre hommage aux professionnels privés d’activité depuis plus d’un an et aider une association qui s’occupe de sans-abri. 

Par Charles DUBRÉ-BEDUNEAU
Photos: Franck POTVIN

Non-essentiel. Deux mots prononcés au début de la pandémie par le gouvernement que Benjamin Durocher, et sans doute beaucoup d’autres comme lui, ont reçu comme une gifle. « Ce ne sont pas des mots anodins. Quand on y pense c’est de la violence pure. C’est incroyable de dire ça, de décréter que certains sont utiles et d’autres non », s’indigne-t-il encore aujourd’hui. C’est pour rendre hommage à ses collègues intermittents, mais aussi aux restaurateurs, coachs sportifs ou encore aux responsables de parcs de loisirs que l’Avrillais, ingénieur lumières depuis quinze ans notamment pour des artistes comme Pony Pony Run Run ou le festival de Trélazé, a eu la lumineuse idée avec son épouse de créer une ligne de vêtements floqués « Non essentiel ». « Il n’y avait rien de prémédité. Les manifestations c’est bien mais c’est éphémère et tout le monde ne s’y retrouve pas. On s’est dit que les fringues étaient le meilleur vecteur de faire passer notre message. »

Les bénéfices reversés à l’association Toit à Moi
T-shirts, masques, casquettes… Le succès est immédiat et surprend le couple. « On a été aidés par des amis car ce n’est pas du tout notre métier. On a par exemple découvert les plaisirs de la gestion des stocks !, explique-t-il, non sans une pointe d’ironie, en montrant les piles de cartons dans son salon. En faisant des livraison dans les alentours d’Angers ça nous a permis de rencontrer et d’échanger avec beaucoup de professionnels soit-disant « non essentiels ». Au-delà des dégâts financiers, il y a une immense détresse psychologique, je connais pas mal de gens qui ont sombré dans l’anonymat le plus total. Ça donne le vertige… » 

Les bénéfices réalisés par la marque de Benjamin et Lucie seront reversés à l’association Toit à Moi, qui trouve des logements pour les sans-abri. « Ça nous tenait à coeur car même si j’ai perdu entre 800 et 1 000 € par mois, pour d’autres c’est encore bien pire. Si on n’est pas solidaire maintenant, je ne sais pas quand on pourra l’être », insiste Benjamin. Il a aussi été touché par l’histoire de la pianiste américaine Sarah McCoy, avec qui il travaille, et qui a vécu plusieurs années dans la rue aux États-Unis avant d’être repérée et de venir s’installer en France.

En manque de l’adrénaline des tournées et du ballon rond

Trois clips ont également été tournés dans des lieux « non essentiels » d’Angers (bars, restaurants, boîte de nuit, salle de sport…), dont le dernier avec la danseuse Maud Albertier. « Notre message n’a rien de politique, assure Benjamin. On veut juste tourner le négatif en quelque chose de positif, entretenir les liens, continuer à avoir des projets… Dans la réalisation de ces clips j’ai retrouvé un peu de l’aspect créatif que j’aime tant dans mon métier. » Footballeur amateur depuis près de 30 ans, licencié notamment à Beaucouzé, Chalonnes, Tiercé et Bouchemaine, le défenseur central (ou arrière droit) a également hâte de retrouver short, crampons et ballon. « J’espère que les petits clubs de campagne pourront se relever de cette crise. Personnellement j’aime être dans l’action, je suis un putain de compétiteur ! Être immobilisé chez moi, privé à la fois de l’adrénaline des tournées mais aussi des entraînements et des matchs avec les copains, c’est vraiment dur, j’ai perdu la notion du temps… La logistique derrière un concert c’est un vrai travail d’équipe. Quand tout se passe comme on l’a prévu c’est génial, on fait la fête tous ensemble, exactement comme quand on gagne un gros match à l’extérieur. À l’inverse, quand on n’a pas pu faire ce qu’on voulait, ça ressemble aux mines déconfites d’un vestiaire après une défaite… » 

Le trentenaire a hâte de refermer ce chapitre « non essentiel » et de repartir sur les routes pour mettre en lumières d’autres artistes, qui de leur côté sont impatients de remonter sur scène. « On n’oubliera pas cette expérience car on a appris plein de choses. Mais mon métier c’est de contribuer à rendre les gens heureux et j’espère recommencer le plus vite possible. » Toujours avec la dalle, évidemment.

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