21 juin 2022

Michael Nana, un danseur-footballeur à Angers

#LeSportPartout. Il a longtemps rêvé de se faire une place en Europe comme footballeur professionnel. Mais c’est en tant que danseur que Michael Nana, 29 ans, réussit une carrière déjà riche. Rencontre avec celui qui suit actuellement une formation au Centre National de Danse Contemporaine à Angers.

Texte : Valentin Deudon
Photos : Archives Michael Nana, Grégory Dallemagne

C’est un danseur avec un numéro 10 dans le dos. Tantôt soliste, tantôt collectif. Sur les scènes comme sur les terrains, son jeu est engagé, dynamique, sincère. Son corps d’athlète – petit format, musculature dense et force vive – semble capable d’accomplir les gestes obligés ou inventés à une vitesse inouïe. Des gestes qui convoquent les émotions et dessinent une singularité. Celle d’un sportif pas comme les autres, au parcours accidenté, presque involontaire, d’une discipline à l’autre.
Michael Nana est né il y a bientôt trente ans au Burkina Faso, à Ouagadougou, la capitale de son pays. Doué avec le ballon, il joue au football chaque jour dans son quartier, y dispute des compétitions locales, puis se fait remarquer par des structures de formation. «J’ai fréquenté plusieurs centres regroupant les meilleurs jeunes adoslescents du pays. C’était devenu mon objectif, mon rêve : devenir footballeur professionnel en Europe», confirme l’intéressé. Une quête, presque une odyssée, dont certains profitent et qui laisse beaucoup de candidats sur le côté : «J’ai vécu des périodes de découragement, on m’a souvent promis des essais qui n’ont pas eu lieu, il y a eu les problèmes de visa, j’ai aussi connu un entraîneur violent qui nous battait et m’a obligé à quitter l’équipe». Le football, ombres et lumières…

Une rencontre de hasard avec le théâtre, puis avec la danse contemporaine

Mais Michael continue de courir – vite – et de jouer – bien -, animé autant par son amour du jeu que par cet espoir fou de changer de continent. Encore Junior, il rejoint un club de première division, l’ASFA Yennenga, mais «en D1 chez nous, tu n’as pas de salaire, il vaut mieux être dans les centres, car c’est là que viennent les recruteurs». Pas d’avenir donc, pas d’issue. Puis une rencontre presque de hasard, avec le monde du spectacle, en 2010 : «Un ami qui jouait aussi au foot faisait du théâtre. Il m’a dit de venir passer un casting pour un spectacle qui devait partir en tournée en Belgique. Je n’y connaissais rien, je n’avais aucune formation, pourtant j’ai été pris… Pour moi, c’était juste une opportunité d’aller en Europe et de peut-être passer des essais dans des clubs».
Après le théâtre, la danse. Là non plus, le coup de foudre n’est pas immédiat. «Grâce à des rencontres, on m’a proposé de faire des essais au Centre de Développement Chorégraphique La Termitière. J’ai refusé trois fois, ça ne me tentait pas du tout ! Et puis, à un moment où je voyais bien que personne ne voulait m’aider pour le foot, j’y suis allé pour voir, pour faire quelque chose… Je me trouvais nul mais on m’a applaudi et ça m’a donné envie de revenir». Il y reste trois ans, le temps d’une formation auprès de Seydou Boro et Salia Sanou, deux chorégraphes renommés qui dirigent l’établissement.

Michael Nana et les étudiants du CNDC ont reçu la visite de la danseuse
Cecily Campbell de la célèbre compagnie Trisha Brown.

Pendant la première année, le néo-danseur doute, se questionne : « Est-ce que c’est vraiment moi qui suis devenu danseur ? Je ne me reconnaissais pas. Mon truc, mon espoir, c’était le football ! Mais j’ai commencé à comprendre que j’avais du talent dans la danse». Les projets se présentent et sa carrière décolle. «J’ai commencé par animer des ateliers de danse dans des camps de réfugiés à Ouaga, des camps de Maliens qui fuyaient la guerre chez eux. Puis j’ai fait mon premier grand spectacle, en lien avec ces ateliers, sous la direction de Salia Sanou».
«Du désir d’horizon», c’est le nom de ce spectacle, qui lui va à merveille. Son horizon a changé : du football à la danse, du Burkina au reste du monde. Il joue en 2016 au célèbre théâtre Chaillot à Paris, en Belgique, aux Pays-Bas, puis aux Etats-Unis. Son énergie elle reste en revanche intacte : «Dans le football, j’étais très rapide. Et en danse aussi. J’ai l’habitude d’une gestuelle très physique, beaucoup avec les jambes, j’aime cet effort et les chorégraphes africains le demandent. Je fais des choses que peut-être tous les danseurs ne peuvent pas faire. Et quand j’explique mon histoire avec le foot, les gens comprennent pourquoi je danse comme ça».

« Au CNDC à Angers, j’apprends la danse autrement »

Tout s’explique, mais Michael Nana, en conservant bien sûr son identité, veut aussi savoir danser différemment, découvrir peut-être la lenteur et l’économie de gestes. La différence tout simplement, celle qui nourrit. C’est pourquoi il a intégré en septembre 2021 le Centre National de Danse Contemporaine à Angers, sous la direction de Noé Soulier, pour un cycle de formation de trois ans : «J’apprends la danse autrement, je peux également construire un réseau et imaginer de nouvelles opportunités avec des chorégraphes d’ici».
Chorégraphe, un avenir auquel il pense, avec des projets déjà en tête. Comme ce solo, sur scène avec un ballon, mariage entre danse et football, qui parlera de son histoire et qu’il aimerait présenter la saison prochaine. En attendant, l’été se passera au Burkina Faso, où résident ses parents et ses frères. Michael va aussi y répéter un grand projet avec un autre chorégraphe de son pays, Olivier Tarpaga, qui se jouera en janvier 2023 à Charleroi. «Mais je vais aussi en profiter pour faire quelques petits matchs de foot le dimanche matin au quartier ! A Angers aussi, j’aimerais trouver un lieu ou un club pour jouer de temps en temps». Le football, ce vieux rêve qui ne voulait pas totalement mourir.

 >> Voici un petit extrait vidéo de Michael Nana sur scène :

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