12 décembre 2017

« Valides et handis s’enrichissent mutuellement »

MadeInAngers. En plus des Dalleuses Claire Supiot et Perrine Rosala-Humeau, avec aussi l’équipe de foot féminine du collège Montaigne et les collégiens de l’académie NDC, Mathieu Rousselot, lycéen et escrimeur handisport de 18 ans, est le 5ème lauréat du premier appel à projets sportifs 2017 de l’association. Entretien.

Par Valentin Deudon
Photos Franck Potvin

art12017 a été pour toi une année charnière avec des médailles sur des compétitions nationales, la découverte de l’équipe de France, une participation à tes premières épreuves internationales, l’accompagnement de #LaDalleAngevine… Et pour finir un beau titre dimanche dernier en région parisienne avec ton équipe des « Dalleux angevins ». Raconte-nous cette aventure.
Le calendrier sportif n’étant pas très fourni en fin d’année, je voulais quand même disputer une compétition avant que les choses sérieuses ne démarrent en janvier. Il y a eu cette possibilité avec la Coupe de France en épée par équipes. Une épreuve où chaque équipe doit être composée d’un escrimeur handi et de 2 valides. Il a donc fallu trouver des coéquipiers que sont Bella Rousselot et Antonin Trigueros. J’ai voulu un trio avec à la fois une bonne entente mais aussi un niveau homogène. Et on ne va pas se mentir, avec l’objectif de gagner !

Une équipe ultra-mixte !
C’est vrai. Bella est licenciée comme moi au SCO Escrime, elle évolue en vétéran et connait le niveau international dans sa catégorie. Antonin est lui dans le club de NDC Escrime, on a souvent tiré ensemble en jeunes, il a un très bon niveau. Ils ont mis peu de temps à répondre oui à ma demande. Ils voulaient connaître la réalité d’une compétition d’escrime handisport. Et au final, on a gagné ensemble.

Durant cette compétition, les valides prennent donc place eux aussi sur le fauteuil ?
Oui, et il faut savoir qu’en escrime, toutes les compétitions handisport sont ouvertes aux valides. Dans mon club aussi, étant le seul handi, je tire à l’entraînement contre des valides qui viennent sur le fauteuil. Ca leur apporte quelque chose, ça m’apporte quelque chose. C’est un apport et un enrichissement mutuel. Pour un escrimeur blessé à une jambe par exemple, c’est aussi une opportunité de pouvoir continuer à travailler la technique.

art3Mathieu entouré de son équipe des « Dalleux angevins », Bella Rousselot et Antonin Trigueros


Comment se passent pour toi les entraînements ?

Je m’entraîne 2 soirs par semaine, mardi et vendredi. Avec les cours la journée, je me fatigue vite, donc c’est suffisant pour le moment. Au niveau des contenus, il y a déjà un gros travail de renforcement musculaire du dos et du tronc. La mobilité sur le fauteuil est telle que le haut du corps est très sollicité, il faut donc le travailler. D’autant plus pour moi qui ne suit pas tout le temps assis. J’ai une hémiparésie partielle de la jambe gauche mais je marche, le fauteuil n’est pas mon environnement quotidien.

Et pour le côté technique ?
Souvent avant la séance du mardi, je suis une leçon individuelle avec le maître d’arme. On travaille des techniques en approfondissant ce que je connais, mais aussi en apprenant des choses nouvelles que je mets ensuite en pratique. L’escrime est riche de nombreux coups, parades, ripostes, feintes… pour pouvoir s’adapter au mieux à l’adversaire et le surprendre. Il me reste encore énormément de techniques à apprendre ! Je m’en suis rendu compte lorsque j’ai pu me retrouver face à des escrimeurs confirmés de l’équipe de France handisport.

arttL’équipe de France justement, c’est une des nouvelles étapes franchies cette année…
Avec d’autres, je fais partie de la génération future en train d’être formée. Nous sommes suivis par un directeur sportif national. La porte est ouverte mais il faut encore beaucoup bosser ! Le temps de l’apprentissage est long en escrime. C’est intéressant lors des stages d’être au contact des anciens, c’est grâce à eux et à leur expérience que l’on va grandir.

Tu parlais de « choses sérieuses » à partir de janvier. Quelles sont tes échéances pour 2018 ?
Je vais participer à des circuits nationaux dès janvier et février, pour aller chercher des médailles en épée, mon arme favorite, et pourquoi pas en sabre, que je maîtrise moins. Grâce à mes résultats, je vais aussi pouvoir m’inscrire sur des épreuves de Coupe du Monde, à Pise en mars puis à Varsovie en juillet. On se confronte alors à d’autres nations, d’autres niveaux, je vais pouvoir me situer. Et puis il y aura les championnats de France en juin, mais je ne suis pas certain d’y participer car ils tomberont pendant les épreuves du Bac…

Un autre gros objectif de ta saison !
En escrime, nous ne sommes pas professionnels, le sport ne sera jamais suffisant. Au club ou en équipe de France, c’est un message que les coachs diffusent : il faut privilégier les études. Donc j’ai aussi un projet d’étude. Je suis cette année en terminale pro « Technicien d’étude du bâtiment », option étude et économie de la construction. J’ai l’objectif de poursuivre l’an prochain avec un BTS, en espérant pouvoir le faire en 3 ans au lieu de 2 et poursuivre au mieux la pratique du sport de haut niveau. Mais avant il faut le bac, et je compte bien l’avoir !

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