16 janvier 2018

« Etre entraîneur, c’est ne jamais penser que tu sais »

#ParolesDeCoach. Entre la connaissance pointue de sa discipline, la planification d’un projet global, ou l’indispensable gestion humaine et émotionnelle – sans compter les innombrables décisions à prendre pour tenter d’influencer (positivement !) le cours des choses – l’entraîneur est bien souvent un être fascinant à observer, toujours passionnant à écouter. Ses mots sont cruciaux, car à la base de son action, à savoir faire passer des messages. Pour commencer cette nouvelle année, nous avons rencontré David Pilard, 41 ans, référent sportif depuis 1998 à La Vaillante Angers Tennis de Table. A la fois entraîneur expérimenté de l’équipe première en Pro A (plus de 400 matchs pros à son actif) et responsable de la formation des jeunes, il a fait du club un modèle de réussite sportive. Il est aussi un coach curieux qui n’hésite pas à faire évoluer sa vision.

Par Valentin Deudon

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Une vocation d’entraîneur venue très tôt : « J’ai eu le déclic à l’âge de 20 ans »
« Je suis originaire de la Mayenne, près de Laval. Mon père étant président d’un club de tennis de table, j’ai commencé à taper dans la balle à 8-9 ans. Je jouais au foot en parallèle, mais on m’a demandé de choisir… Ca a été le ping-pong. J’étais assez doué et je suis parti de chez moi à 11 ans, dans un collège sport-étude au Mans, avant d’intégrer le Pôle France à Nantes. J’ai franchi les échelons jusqu’aux titres de champion de France junior simple et double, en 1994. Je me suis ensuite interrogé sur mon avenir. J’étais un peu en-dessous des 6-7 meilleurs français, c’était compliqué d’aller les chercher… Et puis mon coach de l’époque, Charles Bourget, m’a proposé d’entraîner. Ca ne me tentait pas forcément, mais j’ai eu un déclic en accompagnant le staff en compétition. J’avais 20 ans et je me suis dit : c’est ça que je veux faire ! Je me suis formé en ayant l’opportunité en parallèle de coacher au Pôle, puis à Angers depuis 1998 ».

Coach depuis deux décennies à La Vaillante Angers : « Aucune lassitude »
« A 22 ans, je me suis retrouvé entraîneur-joueur en Pro A. J’étais là tous les jours, je me suis attaché au club et on a pu commencé à le faire grandir. Nous sommes passés de 15 jeunes à 250 licenciés aujourd’hui. Ici, le slogan c’est « le ping pour tous ». Toutes les sections existent : loisir, vétérans, handisport, élite… Je m’occupe plus de l’aspect performance, avec les pros donc, mais aussi ce qu’on appelle « le centre d’entraînement », des jeunes qui en fonction de leur envie et de leur niveau s’entraînent entre 2 fois par semaine et 2 fois par jour pour une petite partie. Avec ceux-là, on met la barre haute, je suis un compétiteur et j’essaie d’insuffler cette mentalité au quotidien. Cela fait 20 ans que ça dure mais je ne ressens aucune lassitude, car à chaque saison on remet les compteurs à zéro et mon job change. L’expérience c’est utile, mais il faut aussi rester ouvert et curieux, pour savoir se remettre en question et proposer autre chose aux joueurs ».

L’accompagnement des jeunes à potentiel : « On ne veut pas des prodiges »
« Avec nos jeunes, tout commence par l’observation : repérer parmi les licenciés ceux qui peuvent et veulent aller haut. Ensuite c’est une planification au cas par cas, avec pour chacun un objectif N°1 sur la saison. A nous de les accompagner pour les amener au meilleur de leur potentiel, et qu’ils jouent à terme dans nos équipes seniors. On ne veut pas des prodiges qui gagnent tout en jeune puis qui s’éteignent ! On essaie de voir plus loin. C’est pourquoi même si la compétition est un repère, gagner n’est pas toujours le plus important. On apprend plus dans la défaite. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’avoir un gros point fort, on évolue vers des profils complets, qui savent surtout s’adapter. Ca passe à l’entraînement par des situations inhabituelles, de l’incertitude. La relation entraîneur-entraîné est aussi prépondérante : j’essaie d’être dans l’empathie, l’échange, de connaître mes joueurs, pour les sentir et mesurer ce dont ils ont besoin à l’instant T ».

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Avec l’équipe professionnelle : « Je suis plus un sélectionneur qu’un entraîneur »

« J’ai plutôt un rôle de sélectionneur, car les 4 joueurs du groupe pro ne sont avec moi que les semaines de match. Le reste du temps, ils participent à des compétitions individuelles partout dans le monde. Néanmoins, l’ambiance d’équipe, l’entraide et la dimension club restent prépondérants dans la performance ! Encore plus à La Vaillante, un club familial. Avec les pros, on est sur de l’immédiat : faire les bons choix pour gagner la confrontation à venir. Je désigne les titulaires et l’ordre de passage, en fonction de l’état de forme, de l’analyse de l’adversaire, des stats face aux joueurs adverses… Pendant, c’est du coaching : à moi de tenir l’équipe, de la réguler émotionnellement. On dispose par exemple d’une minute entre chaque set, en plus des temps morts, pour échanger avec le joueur. Il faut réussir à faire passer la bonne info tactique. Ou alors intervenir sur l’aspect psychologique : au choix rassurer, réveiller, engueuler… A moi de sentir ce qu’il faut lui amener ».

Le mental en tennis de table : « Il n’est pas rare que les émotions débordent »
« Dans ce sport, on joue un duel indirect. La table est petite et on ne peut pas évacuer en frappant fort par exemple. Il y a aussi une grande répétition de matchs en compétition. Bref, il n’est pas rare que ça déborde, surtout en jeunes. Ca s’énerve, ça pleure, ça craque… Il faut l’avoir vécu, cela arrive à tout le monde ! Et on ne peut apprendre qu’avec les mauvais moments. Mais derrière, à nous éducateurs de questionner et d’aider le joueur à identifier que ça n’est pas compatible avec le jeu. Dans certains cas, il faut aller plus loin et on a besoin de mettre en place avec des spécialistes des outils de préparation mentale ou de sophrologie. J’essaie de ne pas être la seule voix. Le partage avec les plus âgés voire les pros peut aussi être impactant. En tout cas, il faut rester pointu sur cette gestion des émotions. On a connu des exemples qui montrent les bénéfices d’un tel travail, avec la condition que le joueur en ait conscience et ait la volonté de changer ».

« Les Yeux dans les Bleus », un documentaire sportif référence
Un livre, un auteur, un article, une phrase, un entraîneur… qui vous a inspiré et qui vous accompagne au quotidien ? C’est la question qui conclue cet entretien. Et David Pilard a choisi de nous parler du documentaire « Les Yeux dans les Bleus », qui relate de l’intérieur la préparation de l’équipe de France de football d’Aimé Jacquet avant la Coupe du Monde 1998. « Je suis tombé un jour sur cette vidéo et j’en ai pris plein les yeux. La gestion de groupe d’abord, mais aussi la mise en perspective de certains moments de compétition grâce à ce qui s’est passé à l’intérieur… Je me suis dit : c’est fou ce que tu peux apprendre des autres sports, des autres personnes. J’ai compris qu’être entraîneur, c’est ne jamais penser que tu sais. Si tu penses savoir, tu ne peux plus apprendre. Ca m’a donné une motivation pour toujours rechercher, écouter, apprendre des autres ».

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