8 mars 2018

David Perret : « Une fierté de performer de cette manière »

#MadeInAngers. Le pilote angevin va démarrer fin mars sa troisième saison consécutive en championnat de France de moto Superbike, l’élite de sa discipline. Vice-champion de France en 2017 sur Yamaha, David Perret, 33 ans, repart cette fois sur une Honda, toujours avec ce mode de fonctionnement atypique qui fait sa force. Interview.

Propos recueillis par Valentin Deudon

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Première double question de néophyte : peux-tu nous expliquer ce que représente le Superbike en moto de course et comment va s’organiser la saison à venir ?
Le Superbike, c’est la catégorie reine, l’équivalent de la Ligue 1 en football pour utiliser un parallèle qui parlera à tout le monde. On court sur des motos de série que l’on peut retrouver chez les concessionnaires, mais que l’on adapte pour la course. Le championnat de France 2018 se déroule sur 7 week-ends, avec 2 courses à chaque fois, donc 14 classements au total. Et il débutera le 31 mars sur le circuit du Mans. Il faut savoir que ma saison sera aussi complétée par les 2 grandes courses d’endurance, les 24 heures du Mans et le Bol d’Or.

En Superbike, tu auras cette saison un titre de vice-champion de France à défendre ! 
Oui, je sors d’une super année 2017 pour mon deuxième championnat en Superbike, avec cette deuxième place finale. Exceptées deux chutes, je n’ai pas quitté les podiums, je suis resté régulier. Cette saison, on repart avec une nouvelle moto, un nouveau constructeur, et donc de nouveaux repères à trouver, mais si on y va, c’est pour la victoire !

Pourquoi as-tu changé de moto pour cette nouvelle saison ?
Je bénéficie d’une aide du constructeur de la moto sur laquelle je cours, mais je reste un pilote privé, le seul parmi les 10 premiers du championnat 2017. Les autres pilotes sont professionnels, c’est leur métier, ils font partie des grosses écuries. Moi je forme ma propre écurie à moi tout seul, j’ai un mode de fonctionnement familial et artisanal qui a ses forces et ses faiblesses. J’investis beaucoup personnellement, je prépare moi-même la machine, j’ai mon travail à côté… Mais c’est une fierté de réussir à performer de cette manière. Les teams à gros budgets me regardent un peu comme le vilain petit canard… Et pour revenir au constructeur, je pilotais une Yamaha en 2017 mais la marque a changé de stratégie pour ses budgets, d’où le changement. Pour 2018, ce sera donc avec Honda France au sein de l’équipe Envie2rouler et avec le soutien de la concession Deletang.

« Quelle que soit la machine, avec le travail il y a toujours possibilité de réussir de bons résultats »

Une nouvelle moto implique, on l’imagine, de nouveaux réglages et essais, et donc une remise à zéro pour toi ?
Ca représente effectivement beaucoup de boulot à tous les niveaux de repartir sur du neuf. Beaucoup de dépenses aussi ! Chaque année, malgré les bons résultats, on remet tout en question et on se demande si on repart. Mais l’essentiel reste le travail. Quelle que soit la machine, avec le travail il y a toujours possibilité de réussir de bons résultats.

Tu parlais de mode de fonctionnement « familial et artisanal ». Peux-tu nous en dire plus ?
Dans la famille, nous sommes agents Citroën, nous gérons une concession aux Pont-de-Cé qui date de mon grand-père et que mon père tient aujourd’hui. Je suis mécanicien à la base, je m’occupe moi-même de la préparation de la moto. Mon papa m’aide aussi. Et ma sœur jumelle qui est également passionnée de moto s’occupe surtout des aspects logistiques.

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Que t’apporte de positif cette manière atypique de fonctionner ?
C’est parfois galère à mettre en place, mais on est plus efficace comme ça. C’est une liberté, une force. Une écurie est sujette aux différents sponsors, moi je mets les équipements et pièces que je souhaite. J’ai l’aisance de faire ce que je veux. Et puis je m’intéresse à tout, je veux tout comprendre, je résous très vite les problèmes techniques liés au ressenti de course, je veux et peux toujours améliorer les choses. Les pilotes pros eux descendent de la moto et ne s’impliquent généralement pas sur les réglages techniques.

As-tu des soutiens locaux et des sponsors qui t’accompagnent ?
Je suis aidé par la team Deletang, un concessionnaire passionné et ami, j’ai donc aussi une petite aide du constructeur Honda qui me fournit les 2 motos, et le Moto Club Angevin me soutient également. Pour le reste, j’investis beaucoup personnellement. Ce n’est pas toujours évident mais on essaie de se débrouiller pour boucler le budget qui atteint les 80 000 euros pour une saison.

art3Comment se passe la répartition de ton temps entre ton travail, l’entraînement et les compétitions ?
J’ai un rythme de vie particulier, comme d’autres sportifs passionnés, et il y a peu de place pour autre chose que le travail et la moto. Au niveau professionnel, j’ai une formation de mécanicien mais j’essaie désormais de toucher à tout pour être prêt au moment où je reprendrais la concession. C’est mon objectif. Concernant les entraînements, c’est le soir, après le travail. J’essaie de faire du sport quasiment tous les jours et de me préparer au mieux pour être en forme sur la moto.

Justement, quelle est la réalité de l’entraînement quotidien d’un pilote de moto de haut niveau ?

On programme très peu d’essais car c’est coûteux pour nous. Donc l’entraînement se passe ailleurs que sur la moto. Ce sport est très physique, et une moto se pilote avec les jambes plus qu’avec les bras ! On ne reste jamais assis, mais plutôt en position chaise, en appui, ce qui sollicite énormément les muscles des jambes lors des changements d’angle notamment. C’est un sacré rodéo ! Par conséquent je programme des séances en salle pour travailler le cardio, du renforcement musculaire du bas du corps, et puis quelques sports d’endurance comme du squash et de la natation. Je fait beaucoup d’apnée aussi.

« Quand j’ai un adversaire devant moi, je ressens cette rage de vaincre et mon seul objectif, c’est de le doubler le plus vite possible »

Dans quel but fais-tu de l’apnée ?
Pour habituer les muscles à fonctionner dans des situations extrême de manque d’oxygénation, car on se rend compte que sur la moto, dans les virages, on respire peu : on se met inconsciemment en apnée. Et on se sert des lignes droites pour respirer, c’est super important.

Quel est ton style sur un circuit ?
Sur la piste je suis un pilote agressif, dans le bon sens du terme. Disons que quand j’ai un adversaire devant moi, je ressens cette rage de vaincre et mon seul objectif, c’est de le doubler le plus vite possible. Je ne sais pas patienter. Ce sont des situations de chasse qui me mettent dans un état second difficile à décrire. Ca m’amène à me dépasser, je me mets en mode bagarre. C’est assez jouissif.

C’est ce qu’on appelle avoir la Dalle Angevine, être un Dalleux ! Quelles sont tes autres qualités en tant que pilote ?
Ne jamais rester sur ses acquis. Mais c’est autant une force qu’un défaut. Je n’ai pas confiance en moi, je ne sais pas me valoriser. J’estime que je suis d’abord là pour la passion de la moto, pour l’équipe et pour le travail. Et même si je fais une pôle ou une victoire, je passe très vite à autre chose, j’ai tendance à ne voir que le négatif pour essayer de l’améliorer. C’est de famille, c’est mon éducation : même s’il y a victoire, on ne s’éternise pas sur les bravos ! C’est aussi ce qui permet d’aller plus haut.

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